À propos de ce bandeau

De l'observation des faits à l'appropriation des concepts, ou de la sensibilité à la raison en passant par l'entendement
Expliquer en science, c'est ramener la complexité du visible à de l'invisible simple.[1]
La photo utilisée comme toile de fond du bandeau d'intitulé de ce blog  représente le titre de la planche "Système figuré des connoissances humaines" tirée du Tome I de l'Encyclopédie d'Yverdon. Cette "Encyclopédie, ou dictionnaire universel raisonné des connaissances humaines" publiée par Fortuné de Felice à Yverdon en 1770 est connue sous le nom d'Encyclopédie d'Yverdon, pour la distinguer de l'Encyclopédie de Paris réalisée quelques années plus tôt par Diderot et d'Alembert, qu'elle reprenait, complétait et corrigeait.


Dans son préambule intitulé Explication détaillée du système figuré des connaissances humaines, Felice nous commente ainsi  son partage de la connaissance humaine en trois grandes branches (Histoire, Philosophie ou science des rapports, Art symbolique et imitatif) selon la conception qu'on avait de ces disciplines à l'époque :
« C’est par la sensation et la réflexion que l’homme acquiert les premières connaissances des faits ; l’attention les fixe dans son esprit, la mémoire les retient, l’entendement les clarifie. La raison s’occupe ensuite à comparer ces faits entr’eux pour en tirer des résultats, qui manifestent leurs rapports. Le génie s’exerce à en faire de nouvelles combinaisons pour établir entr’eux des rapports nouveaux. L’art applique ces rapports découverts ou établis aux besoins et aux aisances de l’homme. L’imagination et le génie, excités par le besoin, inventent les signes destinés à l’expression de ces faits et de ces rapports. Réveillé par le sentiment du beau, qui est devenu chez l’homme une espèce de besoin, le génie enfin ose entreprendre d’imiter la nature qui lui en a fourni et l’idée et le modèle. De là trois branches principales dans l’Arbre Encyclopédique : l’HISTOIRE, la PHILOSOPHIE, l’ART SYMBOLIQUE ET IMITATIF, auquel nous rapportons les ARTS LIBÉRAUX. »
Ce classement des connaissances plus détaillé que celui de Diderot montre assez bien cet enchaînement qui fait passer du sensible à l'intelligible par le truchement de l'entendement, que Kant définit comme "l’instance où les intuitions viennent s’ordonner selon les règles des catégories", "entre sensibilité et raison"[2].

Passer de la sensibilité à la raison, c’est passer de l’objet au sujet, de la représentation à la compréhension, du monde sensible au monde intelligible, de l’univers des formes à l’univers intellectuel, de l’esthétique à l’analytique, de l’intuition au concept, de l’information à la conscience. Dès lors que l'on souhaite travailler sur le recueil du renseignement, l'organisation des connaissances et la communication des savoirs, en un mot, sur l'exploitation de l'information, ce passage de la sensibilité à la raison, que Kant nomme entendement, doit retenir toute notre attention.

C'est autour de lui, en effet, que s'organise notre mémoire individuelle, et c'est donc à partir de lui qu'il nous faudra construire la mémoire commune, qui semble un préalable indispensable à la mise en œuvre d'une intelligence collective. Cette mémoire, sans laquelle la tête n'est qu'une place sans garnison pour Napoléon,  sentinelle de l'esprit selon Shakespeare, doit en effet impérativement s'organiser pour s'adapter au jeu collectif que l'usage des réseaux électroniques rend désormais possible et indispensable.

"Rien dans l’univers ne saurait résister à l’ardeur convergente d’un nombre suffisamment grand d’intelligences groupées et organisées" nous dit Teilhard de Chardin. C'est en concentrant nos efforts sur l'organisation d'une mémoire commune que pourront s'élaborer les règles du jeu et le cadre méthodologique commun, dont il nous paraît difficile de faire l’économie, tant la dimension collective désormais incontournable du travail d’exploitation impose une méthodologie rigoureuse.


[1]
             Pierre-François Moreau, article Entendement, du Grand dictionnaire de la philosophie, sous la direction de Michel Blay, Larousse, CNRS éditions, 2003.
[2]              Jean-Yves Pollock, À la recherche de la grammaire universelle, propos recueillis par Nicolas Journet, Sciences Humaines, hors série n° 27, décembre 1999/janvier 2000.